Précédemment : Picsou et Donald, en voyage à Moscou pour des affaires, découvrirent un grand complot et tentèrent de prévenir le KGB. Mais le chef du service est assassiné, et Picsou est accusé, arrêté et envoyé au goulag, tandis que Donald est enlevé par des hommes mystérieux, mais libéré plus tard par une agente de la CIA.


La neige tombe sur Vorkouta, cette ville minière de la toundra russe où, il faut le dire, il fait très froid. Alors pour dire, en février, mieux vaut ne pas imaginer la température, au risque de ne plus jamais quitter son poêle. Personne n’aurait envie d’aller vivre dans cet endroit désolé, pourtant de nombreuses personnes travaillent dans ces mines. Mais ces personnes préféraient être ailleurs, car il s’agit en effet de prisonniers du goulag de Vorkoutlag, surnommée affectueusement la « Guillotine glacée ». Au milieu d’une rude journée de labeur, les prisonniers s’arrêtèrent de travailler pendant quelques instants lorsqu’ils virent qu’un nouveau prisonnier était arrivé.

« Lâchez-moi, je n’ai rien fait, j’ai des droits, de bons avocats, hurlait-il. »

On lui donna une pioche et on lui ordonna d’aller dans la mine. Bien entendu, ce nouveau prisonnier n’est autre que Picsou. Le milliardaire se demandait ce qu’il faisait là. Il s’estimait citoyen américain, il était l’homme le plus riche du monde et il se retrouvait enfermer dans ces horribles camps de la mort entouré d’autres prisonniers, peut-être enfermés pour des raisons aussi absurdes que lui. Car il n’avait rien fait, il le savait, mais il ne pouvait convaincre ceux qui l’avaient arrêtés. Les États-Unis iraient peut-être le réclamer, puis il pourrait rentrer chez lui, et revoir son cher argent. Non, peut-être pas. Ça arrangerait bien le gouvernement américain de prendre la possession de son immense fortune. Ils le laisseraient peut-être périr ici, dans le froid, la faim. Il ne savait pas où était son neveu. Il le cherchait mais il n’avait pas l’air de l’avoir accompagné. Il semblerait qu’il ait finalement réussi à s’enfuit, et qu’ils ne l’ont toujours pas rattrapé. Ça devait sûrement être ça…

Il entra dans la mine sombre, entouré de toutes ces têtes qu’ils ne connaissaient pas. Cela lui rappelait sa jeunesse, la ruée vers l’or du Klondike, quand tout ses confrères se précipitaient vers Dawson. Il ne connaissait personne. Mais il s’était fait connaître. Il avait trouvé la bonne concession, le bon endroit. Et il y avait Goldie… Ah ! Goldie… Il y pensait encore. Si ça se trouve, il ne la reverrait jamais. Peut-être qu’il se ferait fusillé le lendemain vu qu’on l’accuse d’avoir assassiné le chef du KGB, qui était tout de même une personne importante au sein des institutions soviétiques. Il ne savait pas. Il attendait ce qu’il allait lui arriver. Il était angoissé, il avait peur.

Soudain, il aperçut une tête qu’il connaissait autour de lui. Un homme assez grand portant une chapka. Il le connaissait, il en était sûr.

« Mais oui, se dit-il. Ça me revient ! Il s’agit d’Ivan Popov, l’agent du KGB qui nous accompagnait lorsque je signais les fameux contrats d’éviers avec M. Fidelov. Peut-être m’éclairera-t-il sur mon avenir plutôt… incertain. »

Picsou se précipita vers Popov, et ce dernier semblait le reconnaître en le voyant courir vers lui.

- M. Picsou ! Quelle bonne surprise !

- M. Popov ! Je suis heureux de vous voir. Vous vous demandez sûrement ce que je fais ici.

Popov parla soudain beaucoup moins fort pour répondre à Picsou, et murmura :

- Je sais très bien ce que vous faîtes ici, monsieur Picsou. Je connais toute la vérité. Ils ont prévu de vous fusiller dans quelques jours, au cas où ça vous intéresserait.

- Oh !

- Mais cela ne se passera pas comme prévu.

- Oh ?

- Je sais tout ce qui s’est passé au KGB. Vous êtes innocent, j’en ai la preuve. J’étais là, je vous avais suivi, je dois l’avouer, de peur que vous ne soyez des agents de la CIA. Vous savez, ça arrive assez souvent que des agents des services de renseignement occidentaux s’incrustent dans les maillages de notre nation, afin de mener correctement leur travail. Ce qui nous pose problème, bien évidemment… Mais revenons à nos moutons ! Comme je disais, je vous suivais, quand j’ai découvert avec effarement ce que vous avez entendu au bar. C’est assez problématique, je dois dire. J’ai vu que vous vous étiez précipités au KGB, j’ai vu que vous avez parlé à mon – feu – patron, et que vous avez quitté la salle quand il s’est fait – malencontreusement – assassiné. Bref, je sais que vous êtes innocent. Mais tout le monde ne pense pas cela ici. Donc il va falloir que vous vous échappiez, et je vais vous aider.

- Ah !

- Vous allez revêtir un costume d’officier, que j’ai là. Il est peut être un peu grand, mais ça fera l’affaire. Tout à l’heure, nous avons le droit de sortir du camp pour manger quelque chose en ville. Nous allons en profiter. Habillez-vous, ça va bientôt être à nous.

- Très bien. Je crois que j’ai à peu près tout compris.

Picsou s’habilla avec son costume, qui était, comme l’avait prédit Popov, un peu trop grand, et rejoignit son sauveur.

- Voilà, c’est bon, je me suis habillé.

- Très bien.

Popov et Picsou sortirent du goulag, quand un homme les interpella :

- Остановись, Попов. Кто этот человек рядом с тобой?

- Qu’est-ce-qu’il dit, là, murmura Picsou.

- Oh, oh… s’exclama Popov.

- Стой! Продолжайте их!, s’exclama l’homme.

Une nuée de gardes se mit à courir après Picsou et Popov, quand ce dernier s’arrêta auprès d’une voiture cachée derrière un arbre – peut-être bien le seul à un kilomètre à la ronde – et monta dedans avec le canard.

- À vrai dire, j’avais un peu prévu que ça allait se dérouler comme ça…

- Où allons-nous maintenant ?, demanda Picsou.

- À Moscou, on a quelque chose à faire de très… important !

Popov démarra la voiture et sema les gardes qui courraient désespérément derrière eux, puis ils partirent pour Moscou.

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