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Suite de Dernières volontés

Dépôt Picsou. 6 janvier 1956

Donald, Miss Frappe et neveux futur

De quoi sera fait le futur ?

Quel calme, quelle sérénité ! Pour la première fois depuis douze jours, Donald se sentait le cœur léger, alors qu'il marchait sans but réel dans une salle entre le bureau de son défunt oncle et la salle des archives. Le problème de l'héritage était réglé et enfin, il admettait avec une relative sérénité l'idée de la mort de l'oncle Picsou. Que de choses s'étaient produites depuis... Mais jamais la famille Duck n'avait été aussi forte et unie qu'aujourd'hui. Plus rien n'était important tant que les Duck seraient là pour lui, avec leur sagesse, leur générosité et leur...
« Dégage le passage, Donny ! »
Donald, surpris, tourna mollement la tête et fut renversé par le caddie de vieux livres que sa mère poussait en courant.
« -Oh voyons, Donald, empoté ! Tu n'es donc pas capable de te pousser quand on te le demande ?
-Pardon, maman », trembla le canard en vareuse de marin.
Il reprit goût à la vie lorsqu'il vit sa mère s'éloigner avec son caddie alors qu'elle n'avait même pas évoqué l'idée de lui mettre une fessée. Matilda accourut pour l'aider à se relever :
« -Excuse-là, Donald, mais elle est tellement excitée par ce nouveau défi ! Gérer la fortune de Zazar pendant quelques années, ça va nous sortir de l'ennui, Hortense et moi ! D'où son caractère quelque peu irascible ces jours-ci.
-Comme si elle avait besoin de ça pour être irascible, marmonna Donald en s'époussetant.
-Que viens-tu de dire sur ta mère, Donald ?, demanda Matilda en fronçant les sourcils, outrée.
-Strictement rien, balbutia le canard.
-Oh ne tremble pas, je n'allais pas te punir pour avoir énoncé une vérité universelle », ria sa tante.

Donald sourit et fouilla dans sa poche. Il en sortit la note que l'onc' Picsou lui avait fait remettre avant sa mort par Maître Duhibou ; c'était un petit papier plié en huit, qui avait l'air relativement neuf.
« -Tu ne l'as pas encore lue ?, s'étonna Matilda.
-Non, reconnut-il.
-Pourquoi donc ?
-Je sais pas... je me demande ce qu'il peut bien me dire, en fait... Pourquoi suis-je le seul qui ait droit à une note posthume ? Est-ce vraiment bon signe ?
-Le meilleur moyen de savoir reste de la lire », trancha Matilda dans un sourire.
Donald affronta du regard cette note.
« -Tu as raison, je vais le faire...
-Tu veux peut-être que je te laisse seul ?
-Je... je ne sais pas..., se troubla le jeune canard.
-Je pense qu'il vaut mieux que tu fasses ça seul. C'est à toi que c'est destiné, Donald. Et à toi seul.
-Oui... »
Matilda lui caressa l'épaule.

Matilda Picsou et Balthazar Picsou

Matilda et Balthazar Picsou, lisant avec émerveillement la note de leur père.

« Tu sais, lors de l'histoire du trésor des templiers, Zazar avait trouvé une note de notre père, Fergus McPicsou, que tu n'as pas connu. Lui qui était persuadé que nos parents lui en voulaient terriblement, il a finalement eu une divine surprise en lisant le contenu de cette note. »
Donald restait silencieux.
« Je te laisse affronter ton destin, mon grand. »
Elle déposa un tendre baiser sur sa joue et sortit très sobrement de la pièce. Il n'y avait plus comme seul bruit de fond que les cris d'Hortense, à côté. Elle pestait sur le manque d'efficacité de Gontran et Popop, venus l'aider à faire du rangement, plus ou moins de leur gré il est vrai.

Bon, pensa Donald. Voyons voir ce que ce vieux grigou me veut...
Il déplia fébrilement le papier et commença la lecture de l'écriture vive et pressée de son oncle.
Mon cher Donald,
si tu lis actuellement cette note, alors c'est que j'ai eu le malheur de vous quitter. Tu sais aussi, sans doute, que j'ai décidé de ne rien te léguer.
J'espère que cette décision ne te chagrinera pas, mais je pense que tu la comprends, et même que tu en ressens un certain soulagement. La gestion, ce n'est pas pour toi. La finance, encore moins. Tu es un homme simple... dans le bon sens du terme. Mais, encore une fois, cela n'enlève en rien la fierté que j'ai pu tirer d'avoir un être tel que toi, authentique et débrouillard, comme neveu. Si je ne t'avais pas rencontré ce jour de Noël 1947, alors peut-être serais-je resté à bougonner, seul et triste, au fin fond de mon manoir... Au lieu de cela, j'ai vécu les plus belles années de ma vie, les plus actives et les plus fructueuses également. Merci à tes neveux et à toi de m'avoir rendu ma fureur de vivre.
Justement, tes neveux... Riri, Fifi et Loulou... Ces chers petits ne sont pas au bout de leurs peines : je leur ai en effet légué toute ma fortune, comme tu l'as sans doute remarqué... Ça va leur faire beaucoup de travail ! Je veux te demander quelque chose, Donald. La pire des choses qui pourrait arriver à mes héritiers serait que leur héritage les transforme en petits technocrates indolents, qui se contenteraient d'investir un peu, de financer les entreprises en surveillant les bénéfices, de licencier ou d'engager quelques ouvriers dans mes usines, de faire des calculs sur le cours de la Bourse... Ne ris pas, j'ai vu plus d'un aventurier « s'embourgeoiser » ainsi, une fois riche.
Je souhaite donc te demander de veiller à ce qu'ils restent des aventuriers. Que tu t'arranges pour que vous continuiez à vivre des aventures. Que tu les encourages à faire des recherches sur des trésors archéologiques inconnus. Que tu les motives pour lutter contre les nombreux rapaces qui voudront s'emparer de l'argent ! Je sais que tu peux faire toutes ces choses-là pour moi.

Allez, je vais te mâcher le travail en te soufflant votre première aventure « en solo ». Va voir Gracié Rapetou, essaye de lui arracher les vers du nez et il te racontera une improbable histoire selon laquelle, lors du dernier « coup » de sa famille,
2- Picsou et son sou fétiche

Picsou a vécu de très nombreuses aventures...

j'aurais téléporté involontairement une très grosse somme dans un endroit qu'il ignore... Cette histoire est totalement vraie ! Mais je vais te révéler l'endroit où j'ai involontairement téléporté cet argent : il s'agit de la Mine de la Vallée de l'Agonie Blanche, dans le Yukon, un endroit auquel je pense souvent et auquel je pensais encore lors de cette improbable tentative de cambriolage. J'aurais pu envoyer une équipe rechercher cet argent, mais je m'étais dit qu'il serait plus amusant d'en faire votre première aventure une fois que je ne serai plus là...

Allez, je sais que vous le trouverez, au prix de nombreux rebondissements et autant de sensations fortes ! Et surtout, soyez dignes de moi : ne vous ramollissez pas juste après... Soyez toujours avides de nouvelles découvertes, de nouveaux frissons, de nouvelles sensations... La vie est si triste sans.
Bon courage et bonne chance, mon neveu. Adieu. Ton oncle, Balthazar Picsou.
Et cela se terminait par sa signature.

Donald rangea la note dans sa poche et sourit à nouveau. Bien sûr, onc' Picsou, nous ne te décevrons pas !
« Dégagez l'passaaaaaaaage ! »
Hortense courait de nouveau comme une dératée avec son caddie. Matilda lui trottinait derrière, mais elle s'arrêta quelques secondes devant Donald.
« -Alors, tu l'as lue ? C'était comment ?
-C'était... bien », répondit simplement le canard.
Matilda lui fit un clin d’œil et reprit sa course en criant à sa sœur de l'attendre. Derrière arrivèrent Popop et Gontran, visiblement épuisés. Popop, à la vue de son cousin, retrouva un peu d'enthousiasme :
« -Donald ! Comment vas-tu, depuis hier ?
-Ça va très bien, répondit-il tout à fait sincèrement.
-J'ai pris possession de mes locaux de rédac' chef du « Couac ! » : c'est génial, j'peux faire tout c'que j'veux ! J'peux même demander si je le veux à un journaliste de me donner son sandwich, si ça me chante !
-Ah...

Hr-Popop par De Vita

Donald et ses deux cousins n'en ont pas fini avec les gaffes et les embrouilles !

-Mais je ne le ferai bien évidemment pas, le rassura Popop, c'est juste que c'est toujours bon à savoir. Que dirais-tu de devenir le co-rédacteur en chef du « Couac ! » ? Après tout, nous sommes tous les deux autant responsables l'un que de l'autre du succès de...
-Non merci, Popop, assura Donald. J'ai encore de nombreuses aventures à mener, je le sens, continua-t-il en tripotant la feuille dans sa poche.
-Quelle drôle d'idée », commenta Popop avant de s'éclipser.

Il ne restait plus que Gontran. Les deux canards se fixaient d'une façon peu affectueuse, puis Gontran tendit la main à son cousin.
« Serrons-nous la main, cousin Donald. Je pense qu'après toutes ces épreuves, nous avons mûri. Il est grand temps pour nous de faire la paix. »
Donald, très surpris de la sincérité et de la gentillesse de la proposition de Gontran, accepta la poignée de main.
« -Je suis d'accord, Gontran. Nous avons mûri.
-Oui. Mais je reste persuadé que tu n'épouseras pas Daisy, ne put s'empêcher de rajouter le veinard.
-Si.
-Non.
-Si.
-Non.
-Si. »
Gontran s'éloigna à son tour avec un air mesquin. Eh bien, heureusement qu'on a fait la paix, ironisa intérieurement Donald.

Il était temps de revenir aux aventures, cela ne faisait que trop longtemps qu'il ne s'était pas changé les idées. Il entra dans le bureau, y trouvant Riri, Fifi et Loulou qui ne savaient visiblement pas trop ce qu'ils pouvaient y faire, à part se préparer à l'idée que ce bureau serait, dans quelques années, le leur.
« -Les enfants, on part pour le Yukon.
-Hein ?, sursauta Loulou.
-Je vous expliquerai en route, éluda Donald avec malice.
-On part quand ?, s'exclama Fifi.
-Demain matin. Allez, on rentre à la maison pour préparer nos bagages. »
Les enfants se dirigèrent vers la sortie avec un enthousiasme non dissimulé. Enfin un peu d'excitation ! Seul Riri traîna le pas, se demandant pourquoi Donald restait planté face à un mur de la pièce.
« Onc' Donald, qu'est-ce qu'il t'arrive ? »

Hr-Donald vu par VanHorn

En route vers de nouvelles aventures !

Le canard en vareuse de marin tourna la tête vers Riri, le prit par le bras et l'amena à lui. Il lui montra du doigt un cadre accroché sur le mur.
« Avant de commencer notre vie sans l'onc' Picsou, méditons-ça. La meilleure façon de lui rendre hommage sera de toujours appliquer ses valeurs. »
Était en effet affichée, bien évidemment, la devise du défunt homme le plus riche du monde, son oncle, le grand et immortel Balthazar Picsou :
J'ai été plus dur que les gros durs, plus malin que les petits malins, et j'ai réussi honnêtement !
Après être resté plusieurs instants à réfléchir à la philosophie de l'oncle Picsou, ils sortirent de la pièce pour enfin entrer dans leur nouvelle vie.

FIN
Cette histoire est tout naturellement dédiée aux deux plus grands magiciens de mon enfance :
Carl Barks et Don Rosa.
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