FANDOM


Mont Ours. 24 décembre 1955

J'ai été plus dur que les gros durs, plus malin que les petits malins et j'ai réussi honnêtement !

Christmas Duck 1

Ce prologue conte le dernier Noël de l'oncle Picsou...

Donald laissa échapper un petit sourire en entendant son oncle réciter son éternelle devise. Confortablement assis dans le fauteuil de la salle principale du chalet du Mont Ours, le fringant vieux canard (88 ans !) s'apprêtait à faire le récit, une fois de plus, de son épique jeunesse.
« -Onc' Picsou, nous nous ennuyons, soupira Fifi.
-Matilda, Daisy, Gus et Grand-mère ne sont pas encore arrivés, continua Riri, et on est obligés de les attendre pour commencer l'apéritif !
-Pourrais-tu nous raconter un épisode de ta jeunesse ?, conclut Loulou.
-Mais enfin, les enfants... », ronronna Picsou, habitué à faire le faux modeste quand on lui réclamait une histoire.
Donald, qui avait déjà fait ce dernier constat depuis un certain temps, s'esclaffa. Son multi-milliardaire d'oncle se retourna, piqué au vif.
« -Quelle est l'origine de cette hilarité soudaine, mon neveu ?
-Euh, rien du t... », tenta le canard, mais il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Picsou, déjà, pointait du doigt la porte de la réserve de bois du chalet.
« Il fait un froid de cana... Euh, on a froid dans cette pièce, assena Balthazar. Plutôt que de bayer aux corneilles et de rire comme l'insouciant garnement que tu n'as - hélas - jamais cessé d'être, va chercher du bois ! »

Le malheureux Donald n'osa pas contredire l'homme le plus riche du monde, dont il espérait encore qu'une bonne humeur passagère, heureuse conséquence d'une fête réussie, pourrait l'inciter à effacer une partie de ses nombreuses dettes. Alors qu'il entrouvrait la porte de la réserve, une brise froide fit trembler chacune de ses plumes, le convaincant de se rendre dans un premier temps dans la salle où les invités déjà arrivés (Popop, Gontran et Géo), actuellement en train de se prélasser dans leurs chambres, avaient déposé leurs affaires. Mais là, Donald eut l'atroce surprise de retrouver son cousin Gontran, l'affreux Gontran, l'horripilant Gontran, en train de se pavaner après avoir essayé sa tenue de soirée.

Hr-Gontran par Don Rosa

« -Tiens, Donald, que viens-tu faire là ?
-Je dois me couvrir pour aller chercher du bois dehors, répliqua le malheureux cousin avec froideur.
-Ah, je vois. Il est vrai que ta vieille vareuse ne doit pas être meilleure sur le plan pratique que sur le plan esthétique. »
Donald ne comprit pas immédiatement et s'avança, espérant trouver rapidement un manteau. Une fois qu'il eut bien médité les paroles de Gontran, il se retourna.
« -Que viens-tu de sous-entendre ?
-Absolument rien..., se moqua le veinard.
-Tu viens de dire que ma vareuse est vieille et laide ?
-Tu vois le mal partout. »
Donald s'apprêtait à insister quand, du salon, retentit la voix encore tonitruante de son oncle :
« DONALD ! Alors, ce bois, il arrive quand ? »
Vexé, Donald se dépêcha de prendre un gros manteau et sortit de la salle, furieux. Passant à côté de son oncle et de ses neveux, il surprit un bout de conversation : Riri, Fifi et Loulou réclamaient une histoire avec Goldie, mais Picsou, embarrassé, ne voulait rien entendre et leur proposait plutôt ses années de cow-boy.

Tout en saisissant les trois plus gros bouts de bois, Donald abandonna ses pensées rageuses contre Gontran et concentra son esprit sur ses neveux. Riri, Fifi et Loulou étaient maintenant des adolescents de quatorze ans, mais ils n'avaient pas beaucoup changé depuis la rencontre avec leur grand-oncle, il y a maintenant huit ans. A peine étaient-ils un peu plus grands et emplumés qu'auparavant... Pourquoi, après toutes ses années, mettaient-ils toujours une telle passion à écouter Picsou raconter des histoires, qu'ils connaissaient à présent par cœur, sur sa jeunesse ? Ils ressemblent à onc' Picsou bien plus que je ne lui ressemble, songea-t-il avec bienveillance.

Donald Duck Extra n°1993-07

Pour connaître le début de l'histoire, lisez Le Cow-boy des Badlands !

Il apporta les trois bouts de bois dans le salon, provoquant un soupir d'aise de la part de Picsou :
« Aaah, on se serait cru au Klondike... », plaisanta le vieux canard, qui n'avait rien perdu de sa malice. Lorsque Donald, après sa besogne, se concentra de nouveau sur sa voix, il entendit :
« -C'est ainsi que je quittai Theodore Roosevelt, dont j'ignorais alors qu'il finirait, bien plus tard, président des États-Unis. Je m'éloignai en direction du soleil couchant, bien installé sur ma jument Hortense, et entonnai une chanson bien connue : I'm a poor lonesome cow-boy, and a long way from home...
-J'ai toujours adoré cette histoire, s'enthousiasma Loulou.
-Mais ça ne vaut pas celles avec Goldie, regretta Riri.
-Une autre ! Une autre !, réclama Fifi.
-Mais enfin, les enfants... », minauda leur grand-oncle.
C'est alors que Gontran, toujours impeccable dans son costume de soirée, se dirigea vers l'entrée ; il avait vu arriver Elvire, Gus, Matilda et Daisy, toutes réunies dans l'amusante petite voiture de la grand-mère.

Il ouvrit la porte d'une manière très distinguée et, après avoir laissé entrer Matilda et Elvire, il salua rapidement Gus qui n'y fit pas réellement attention, préférant se concentrer prioritairement sur la localisation de la cuisine. C'est alors que Daisy, très élégante dans son manteau de fausse fourrure, fit son entrée avec toute la grâce à laquelle elle avait habitué son entourage. Gontran lui fit le baisemain, suivi de peu par un Donald jaloux et incapable d'oublier les critiques sur sa vareuse. Elvire s'approcha des enfants (car elle les considérait toujours comme tels, ce qui ne les dérangeait pas) et les serra dans ses bras, tandis que Picsou, toujours aussi pudique, fit une bise très rapide à sa sœur. En effet, depuis l'aventure du trésor des templiers deux ans auparavant, le frère et la sœur s'étaient rapprochés, et Matilda passait chaque année les mois de décembre et de juillet à Donaldville. Lorsque Géo et Popop arrivèrent, sortant d'une passionnante discussion sur la potabilité du jus de pissenlit, les invités furent enfin tous réunis.

Matilda Picsou et Balthazar Picsou 3

Alors que tout le monde s'étreignait, Matilda et Picsou s'étaient mis volontairement à l'écart. La première chuchota à son frère :
« -Zazar, il manque encore quelqu'un ce soir...
-Toujours la même, soupira Balthazar avec une pointe de résignation dans la voix. Tu n'as toujours pas réussi à la faire venir, cette année ?
-Non... J'ai beau lui dire que tu t'es bonifié avec l'âge et que Donald adorerait passer Noël avec sa mère, elle n'est pas prête à te pardonner.
-Plus de vingt-cinq ans... Je crains de ne jamais la revoir. Si tu me disais au moins où elle vit aujourd'hui...
-Elle ne me le pardonnerait pas et elle se méfierait encore plus de toi, elle ne te laisserait pas la voir. Désolée... »
Elvire devina, à leurs mines déconfites, le sujet de leur conversation, et fit comme si de rien n'était, avec l'espoir que le frère et la sœur de sa belle-fille soient captivés par la bonne humeur ambiante :
« -Allez, je crois qu'il est temps de passer à table ! Attaquons le réveillon !
-Mais ce n'est pas un peu tôt pour..., commença Popop en se grattant le bonnet.
-Elle a raison !, cria Gus pour couvrir la voix de Popop. A table ! »

Le repas se passa de façon tout à fait normale. Picsou demanda à Elvire des nouvelles de ses demi-frères Léon et Gédéon qui, comme chaque année, avaient décliné l'invitation au réveillon. Donald et Gontran se disputèrent le droit de couper du poulet à Daisy, laquelle le fit finalement seule. Popop éclata en sanglots devant un petit plat de thon destiné à Catmembert (qui, comme tout chat qui se respecte, ne pointe le bout de son museau qu'aux repas), déclarant « Un animal avec d'aussi belles plumes doit être traité avec plus de respect ». Matilda tenta de lier discussion avec Gus, qu'elle ne connaissait pas beaucoup, mais ne parvint à s'attirer sa sympathie que lorsqu'elle lui donna un peu de sa part de bûche, n'ayant jamais eu un très gros appétit. Géo, pour sa part, demandait aux enfants s'il était possible de se fournir une version de leur manuel destinée au non-castors et se vit opposer un refus catégorique.

L'ouverture des cadeaux, à minuit, fut un peu plus épicée. Popop se retrouva avec dix oreillers en plumes de thon, ce qui le fit dire qu'il vivait le plus beau Noël de toute sa vie. Dans les autres cadeaux notables, Donald reçut un trèfle à
Christmas Duck 2

Joyeux Noël à nos canards préférés !

trois feuilles de la part de Gontran (« C'est bizarre, dès qu'il s'agit de toi je n'en trouve plus à quatre feuilles alors que d'habitude il me suffit de me pencher pour en avoir » avait ricané le dandy) et surtout, ce qui le vexa un peu, un fouet de la part de Picsou (« Je n'ai rien trouvé qui exprime mieux mes sentiments pour toi » avait précisé le richard d'un ton pince-sans-rire). Daisy avait reçu un magnifique bouquet de fleurs de la part de Gontran (qui l'avait trouvé par terre en chemin vers le chalet, épargné par la neige) et une fleur fanée de la part de Donald (« C'est l'intention qui compte » l'avait consolé Daisy). Les neveux reçurent le fouet de Picsou, que Donald leur ré-offrit « de bon cœur » ; il n'avait pas eu les moyens de leur acheter autre chose.

Lorsque tout le monde alla se coucher, l'ambiance était vraiment bonne, et même Picsou, qui couchait dans la même chambre que sa sœur, était convaincu que ce Noël était décidément un bon Noël.

Il ignorait alors qu'il allait perdre la vie cette nuit même.

A suivre dans Le dernier duel

Sauf mention contraire, le contenu de la communauté est disponible sous licence CC-BY-SA .