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Suite de Un matin ordinaire

Mont Ours. 25 décembre 1955

J'ai été plus dur que les gros durs, plus malin que les petits malins et j'ai réussi honnêtement !

Cette inscription, inspirée d'une des plus célèbres citations du défunt homme le plus riche du monde, était encadrée, mise en valeur au centre de la chambre à coucher. Grand-mère Donald l'observa et la médita quelques instants, avant de refermer avec précaution la poignée de sa chambre, pour ne pas réveiller Hortense qui s'y était assoupie. Il fallait absolument que sa pauvre belle-fille reprenne des forces après avoir passé plusieurs heures dans la neige, abasourdie, à surveiller les cadavres des deux éternels rivaux
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Elvire, choquée, tente de se maitriser...

, Picsou et Gripsou, qui s'étaient semble-t-il entre-tués dans un terrible combat. Lesdits cadavres avaient été transportés, avec peine, par Donald et Gontran, et placés dans le garage en attendant que chacun ait repris ses esprits.

Lorsqu'elle arriva dans la salle principale, Elvire constata sans surprise une ambiance extrêmement tendue. Daisy et Matilda n'arrivaient plus à exprimer leurs sentiments en mots, Géo tentait de réfléchir malgré ses pensées confuses, Popop caressait tristement Catmembert qui pour une fois ne le fuyait pas, Gus avait l'appétit coupé, les neveux essuyaient leurs dernières larmes et Gontran semblait aphone. Donald avait les yeux dans le vide et ne disait rien lui non plus. La stupeur régnait dans le chalet après cette affreuse découverte. L'ombre de la Mort semblait observer les canards, amusée par leur désarroi. Finalement, Gontran tenta de briser cette ambiance sinistre :
« -On ne peut pas rester ici ! Allons nous-en immédiatement et commençons à organiser les funérailles, c'est la seule chose que nous puissions faire !
-Non, Gontran, répondit Elvire, faussement calme. Nous devons, avant ça, avoir le temps d'intégrer cette idée. Les journalistes vont nous harceler de questions dès qu'ils comprendront que l'homme le plus riche du monde est mort. »
Gontran baissa la tête : elle avait raison. Il était impossible de retourner, aussi rapidement, à Donaldville. Le silence, assourdissant, revint narguer les canards. Finalement, Fifi osa demander :
« -Mais comment est-il mort, Grand-mère ? Comment est-ce possible ?
-L'hypothèse la plus probable serait un duel avec Gripsou, qui a sans doute très mal tourné vu que les deux participants sont morts.
-Et que venait faire Hortense dans toute cette histoire ?, s'interrogea Matilda.
-Ah, ça je n'en ai aucune idée », soupira Elvire, avant de tout à coup craquer et s'effondrer en larmes.

Toutes les personnes présentes se précipitèrent vers elle pour tenter de la consoler, mais eux-même avaient du mal à ne pas lâcher prise sur leurs sentiments. Alors que Riri, Fifi et Loulou couvraient leur grand-mère de baisers, Gontran pesta :
« Maudit soit cet endroit ! » puis il s'approcha de Donald :
« -Cousin, viens ici. J'ai à te parler.
-J'arrive », répondit Donald, et tous deux sortirent de la pièce pour aller parler dans la cuisine.
« -Mon cher cousin, on ne peut pas rester ici !
-Que veux-tu dire ?, demanda le canard en vareuse, qui comprenait pourtant très bien ce qu'il voulait lui faire comprendre.

Hr-Gontran Bonheur

« Il faut partir d'ici ! »

-Qu'on va devenir fou. Tant que nous ne saurons pas, une fois qu'Hortense sera remise de ses émotions, les circonstances exactes de cet événement, on va sursauter à chaque fois que le plancher craquera sous nos pas, on va avoir l'impression à chaque son de voix qu'onc' Picsou nous appelle, on va s'attendre à voir son fantôme à chaque fois qu'on ouvrira une porte, on ne va plus oser regarder au dehors par peur de voir une des traces de sang qu'ont laissés les cadavres lorsque nous les avons transportés dans le garage. Et, en plus d'avoir peur du bruit, on aura peur du silence, car l'absence de bruit nous fera immédiatement retourner dans nos pensées...
-Oui..., frissonna Donald.
-Tu ne ressens pas déjà ça ?, paniqua Gontran. Personnellement, ça fait déjà effet ! Je vais devenir fou, Donald, et ma chance ne pourra rien contre ça ! Tout le monde va devenir fou ! C'est la première fois que Gus et Popop sont aussi sérieux, que Géo n'arrive même plus à réfléchir, que Grand-mère éclate en larmes devant tout le monde ! ON-VA-DE-VE-NIR-FOUS !! »
Donald s'écarta brusquement de son cousin. Il avait senti, au volume de plus en plus sonore de sa voix, que Gontran était en train de perdre son sang-froid, scène ô combien inhabituelle. C'était la première fois qu'il voyait le veinard comme n'étant pas bouffi d'orgueil, pas sarcastique, pas sûr de lui et de sa chance... Et pourtant, il n'en ressentait aucune satisfaction. Pas aujourd'hui.

« Gontran, tenta-t-il, calme-toi. Avec Popop -quoique...-, nous sommes les seuls hommes forts du chalet. Ils comptent sur nous pour les protéger. Comme tu l'as si bien dit, tout le monde est à cran, et si nous aussi nous perdons nos nerfs, on ne s'en sortira jamais ! »
Au grand soulagement de Donald, il reprit instantanément son sang-froid.
« -Tu as raison, s'exclama-t-il d'un air déterminé. Je disais donc que nous devons sortir notre famille de ce chalet, en priorité, et la mettre en lieu sûr. Mais loin des journalistes. Pas question d'annoncer la nouvelle maintenant.
-Et où allons-nous les emmener, alors ?
-J'avais pensé au dépôt, avoua Gontran, mais je ne sais pas si c'est une bonne idée, avec tout le personnel...
-Oh, il est en congé, c'est le 25 décembre, rappela Donald. On trouvera peut-être juste Baptiste et Miss Frappe. Et puis, je ne vois pas d'autre endroit... »
Les deux cousins, exceptionnellement en trêve, réfléchirent en silence pendant plusieurs minutes. Non, décidément, pas d'autre endroit possible. Ils revinrent dans la salle principale, où Elvire avait déjà séché ses larmes alors que les autres semblaient avoir repris leurs esprits. Donald annonça :
« -Nous partons ! Ne restons pas ici, dans ce cadre sinistre, à ressasser nos idées noires !
-Pour aller où ?, demanda Matilda avec aigreur.
-Au dépôt » répondit Gontran avec tout autant d'aigreur.
La nouvelle ne provoqua pas une très forte opposition, car tout le monde avait très envie de fuir le chalet. Elvire, décidément bien remise, déclara avec force :
« -Ne brusquons pas Hortense. Il ne serait pas raisonnable de la réveiller maintenant, alors qu'elle reprend ses forces...
-Alors que faire ? Nous n'allons pas la laisser ici !, grogna Gontran.
-La transporter à deux vers la voiture ?, proposa Popop. Enfin, je ne vois pas trop où est-ce qu'on pourrait la mettre dans la voiture de Grand-mère ou dans la 313...
-Ce ne serait en effet pas très confortable et ça la réveillerait, confirma Daisy. Peut-être devrions-nous appeler Baptiste, pour qu'il nous amène la limousine d'onc' Picsou... »

Baptiste au téléphone 1

Même s'il la trouvait un peu morbide, Donald ne voyait pas d'autre solution : seule la banquette de la limousine de feu son oncle pourrait éviter de réveiller prématurément sa mère. Il fit signe à Loulou de prendre le téléphone et lui dicta le numéro du coffre de Picsou.
« -Allô, Baptiste ?, murmura Loulou en tremblotant.
-Bonjour M. Loulou, fit la voix, toujours très sereine et distinguée, de Baptiste. Que puis-je pour vous ?
-Nous sommes au chalet du Mont Ours...
-Oui, M. Picsou m'avait informé qu'il s'y rendait pour fêter Noël avec sa famille.
-Eh bien, à ce propos, Baptiste... »
Loulou ne put finir sa phrase car une grosse boule venait de se former de manière très désagréable dans sa gorge. Il finit par cacher, pour le moment, la vérité au pauvre Baptiste :
« Eh bien, il... Il souhaite que vous veniez le chercher avec la limousine dès maintenant, et non ce soir comme il vous l'avait demandé.
-Ah ?, s'étonna Baptiste. Très bien, je serai là d'ici peu. »
Après avoir raccroché, l'adolescent eut une sorte de tournis, sans doute provoqué par l'émotion.
« -Je suis désolé, je n'ai pas pu lui dire que...
-C'est assez compréhensible, le coupa Géo. Par contre, il va bien falloir trouver un moyen de lui annoncer ça, surtout qu'il sera là d'ici quelques minutes. »
Un nouveau silence s'installa. Il dura jusqu'à ce que le bruit de la limousine, qui se garait, se fit entendre.
« Bon... », soupira Donald, et, avec Popop, il alla dans la chambre de sa mère afin de transporter celle-ci devant la porte d'entrée. Une fois arrivé devant, il s'immobilisa, tout comme son cousin au bonnet à plumes de thon.
Pauvre Baptiste, lorsqu'il va apprendre ça... Lorsqu'il va nous voir arriver avec maman, lorsque je vais lui expliquer pourquoi son patron ne rentrera pas avec nous... Pauvre, pauvre Baptiste...
Mais il prit son courage à deux mains et demanda à Gontran d'ouvrir la porte. Donald, suivi par Popop, fit quelques pas dans la neige, avant de demander à Baptiste :
« Ouvrez les portes, Baptiste, si cela ne vous dérange pas... »
Baptiste ouvrit les portes, et Donald et Popop, assistés par Gontran, posèrent Hortense très délicatement sur la moelleuse banquette de la limousine de Picsou. Baptiste, médusé, ne dit tout d'abord rien, puis il n'y tint plus :

Hr-Baptiste

Le pauvre Baptiste ne comprend rien...

« -Qui est cette femme, M. Donald ?
-La sœur de Balthazar Picsou : Hortense Picsou, répondit tout simplement Donald, qui avait décidé de ne rien cacher au majordome.
-Ah. Elle est malade ?
-Hum, oui, on peut dire ça comme ça...
-M. Picsou est très généreux de la faire rentrer plus tôt dans sa limousine personnelle, s'étonna Baptiste. D'ailleurs, qu'attend-il pour venir à son tour ?
-Il ne viendra pas... »
Baptiste sourcilla, sans perdre son calme néanmoins.
« -Ah ? Pourquoi donc ?
-Votre patron est mort, lâcha brusquement Gontran, qui essuya quelques larmes tout en commençant à parler. Dès ce soir, des experts viendront étudier son cadavre, ainsi que celui d'Archibald Gripsou. Tous deux sont dans le garage. »

Cette fois-ci, le majordome perdit son sang-froid tout professionnel. Cette nouvelle était pour lui comme le ciel lui tombant sur la tête. L'air ahuri, les yeux ronds, il s'exclama :
« -Je... Je... Mais... Mais que...
-Baptiste, murmura Donald, nous n'en savons pas beaucoup plus que vous. Mais elle, si, continua-t-il en pointant du doigt sa mère. Nous devons en prendre soin et écouter son témoignage, avant d'informer les médias de la disparition de mon oncle et de mettre la police sur le coup. S'il vous plaît, ramenez-nous au dépôt... »
Très choqué, Baptiste alla s'asseoir sur le siège du conducteur. Donald, Popop et Gontran, ainsi que Riri, Fifi et Loulou, s’assirent à côté de l'endormie, sur la banquette, dont ils n'eurent pas la moindre envie de profiter du confort. Pendant tout le voyage (Géo et Gus suivaient dans la 313, les femmes dans la voiture de Grand-mère), les canards entendirent le majordome marmonner frénétiquement :
« Monsieur ! Oh, monsieur ! Pauvre monsieur ! »
Nous vous épargnerons la scène de l'arrivée au dépôt, où Miss Frappe manqua de s'évanouir. La pauvre secrétaire fut si ébranlée par la nouvelle de la mort de son patron si respecté qu'elle rentra immédiatement chez elle, ayant tout à coup très envie d'aller se coucher en attendant la suite des événements.

A suivre dans Le récit d'Hortense

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