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Suite de Le dernier duel

Mont Ours. Matin du 25 décembre 1955

J'ai été plus dur que les gros durs, plus malin que les petits malins et j'ai réussi honnêtement !

Donald se remémorait la devise de son grand-oncle, comme à chaque Noël sur le mont Ours. Cette formule résume tellement bien sa personnalité... Elle est encore valable aujourd'hui, alors qu'il a 88 ans, et elle le restera encore longtemps, vu comme il garde la même soif d'aventures et la même ruse, continua à méditer le canard tout en finissant sa tasse de chocolat. Il se trompait lourdement, mais comment aurait-il pu le savoir ? Il était alors seul avec Gontran et Popop dans la cuisine du chalet,
Donald et Gontran 1
tandis que les autres dormaient encore et que l'horloge affichait huit heures trente-cinq.

Gontran s'assied en face de Donald et posa un échiquier sur la table, sans mot dire. Le canard fixa son veinard de cousin, cherchant où il voulait en venir.
« -Cousin, je te propose une partie d'échecs, en attendant que tout le monde ait fini de se lever.
-Depuis quand joues-tu aux échecs, toi ?, s'étonna Donald avec une pointe d'agacement.
-Ce n'est certes pas mon jeu préféré (j'apprécie beaucoup plus les jeux de hasard, comme tu t'en doutes sûrement), mais je n'ai rien trouvé d'autre qui puisse nous départager.
-Nous départager pour quoi ?
-Eh bien, pour savoir qui passera la journée avec Daisy avant qu'elle rentre chez elle ce soir, bien évidemment. »
Donald comprit immédiatement la manœuvre et s'indigna :
« -Nous avions décidé de nous la partager ! Toi entre huit et quatorze heures, moi entre quatorze et vingt heures !
-Oh, soupira le cousin, c'est ennuyeux. Je préférerais l'avoir avec moi toute la journée. »

Le canard en vareuse de marin fut vexé de constater que son cousin n'imaginait pas une seconde la possibilité d'une défaite. Il leva la tête vers Popop qui, de l'autre côté de la salle principale, observait Catmembert endormi tout en prenant des notes d'un air passionné. Il s'avança vers lui et, lorsqu'il fut à ses côtés, demanda :
Proto-Catmembert

Le chat de Donald, un sujet d'analyse très intéressant pour Popop.

« -Que fais-tu donc, Popop ?
-J'observe ton chat au repos, répondit Popop. C'est intéressant.
-Ah ?
-Par exemple, le ronronnement. Comment cela se fait-il que les chats puissent ronronner, et pas nous ? Qu'avons-nous de moins qu'eux ? Est-ce que nous serions capables, nous aussi, de ronronner lorsque nous dormons, à force d'entraînement ?
-Hum..., commenta Donald, qui regrettait déjà sa question.
-Et je me pose aussi des questions sur leurs moustaches », continua Popop mais, avant de commencer un exposé sur ce sujet, il fut interrompu par la voix de Gontran :
« Bon, Donald, j'ai fini d'installer les pièces d'échecs, tu viens ? »
Donald hésita. Risquer de se prendre une déculottée face à ce crâneur ? Mais Popop, s'arrachant à ses questions existentielles, lui conseilla avec un sourire malicieux :
« Tu as toutes tes chances, tu sais. Ce n'est pas un jeu de hasard, les échecs. Tu peux le battre à plate couture... »
Il avait raison. Le canard retourna à la table, s'installa face à son rival et, très concentré, scruta et analysa le plateau, mettant déjà au point de nombreuses stratégies destinées à clouer le bec de son cousin.

Mais, après dix minutes de jeu, il dut faire ce constat amer : Gontran Bonheur était le seul être sur la Terre capable d'avoir de la chance à un jeu de stratégie. Il ne réfléchissait pas, n'analysait pas plus ; il faisait avancer ses pièces au hasard et avait déjà gagné deux fous, un cavalier, cinq pions et une tour, quand Donald avait à peine obtenu une tour et deux pions.
« -Tu sais, Donald, tu peux abandonner et me céder Daisy pour toute la journée, si tu tiens à éviter la raclée en bonne et due forme qui t'attend, fanfaronna Gontran.
-Pas question, répliqua Donald avec rage, n'appréciant pas d'être nargué. Ta chance va te lâcher !
-Huhuhu », se contenta de rire le veinard à ce pronostic aussi ridicule qu'inenvisageable.

A ce moment, les neveux de Donald rentrèrent dans la pièce en baillant. Alors que Loulou, après avoir brièvement salué les trois adultes présents, commençait à préparer des tasses de chocolat pour lui-même et ses frères, Riri et Fifi regardèrent les deux prétendants à l'amour de Daisy se battre vaillamment à coup de cavalier et de tour
Donald triomphe 1

Une fois n'est pas coutume, Donald triomphe !

. Bientôt arrivèrent Géo, puis Elvire et Daisy, et enfin Gus. Chacun observa la partie et paria sur l'un des deux (car Donald avait fini, contre toute attente, par reprendre l'avantage), à l'exception notable de Daisy qui avait compris, résignée, qu'elle était l'enjeu de cette partie d'échecs. Finalement, après quarante-cinq minutes de jeu, Donald jubila :

« Échec et mat ! »
Gontran s'effondra. Comment n'avait-il pas vu venir l'alliance de la reine et du cavalier, qui avaient réussi à mettre son roi dans une impasse ? Humilié, il commença à bouder, se promettant d'inviter Daisy dans un restaurant de luxe dès qu'ils seraient rentrés à Donaldville.

« Onc' Picsou et tante Matilda ne sont toujours pas réveillés », fit remarquer Riri, alors que son oncle était en train de profiter de sa victoire. Celui-ci lui répondit, insouciant :
« -Ils doivent encore être en train de dormir, à leur âge c'est normal ! Laissons-les un peu se reposer.
-Mouais », marmonna Riri tout en se faisant intérieurement la remarque que son grand-oncle avait toujours détesté se lever tard. Mettant cette absence sur le compte d'un petit coup de froid et de fatigue, il commença à déguster avec les autres le savoureux petit déjeuner préparé par Grand-mère. Lorsque Matilda arriva dans la salle principale, en robe de chambre verte et en poussant de puissants bâillements, il la salua avec sa politesse habituelle et lui proposa de lui préparer un chocolat chaud. Elle accepta volontiers et s'assied, s'essuyant encore les yeux. C'est alors que Popop lui demanda :
« L'oncle Picsou dort toujours ? »
Matilda s'immobilisa et tourna la tête dans toutes les directions. Elle finit par s'immobiliser à nouveau et murmura, mal à l'aise :
« Zazar n'est donc pas ici ?... »
Tous les canards présents, même l'impassible Gus, prirent un air étonné. Elvire, la première, osa demander :
« -Il ne dort donc pas dans ta chambre, en ce moment ?
-A mon réveil, il n'était pas dans son lit. J'ai cru comprendre qu'il était déjà descendu... »
Les neveux, comme un seul canard, se levèrent, l'air déterminé.
« -Que faites-vous ?, les interrogea Donald.
-On va le chercher », répondirent-ils naturellement.
Chacun les imita : le chalet fut fouillé de fond en comble, de la salle principale aux toilettes, des placards aux dessous de lit, de la panière du chat au réfrigérateur. Au bout de dix minutes, les cris comme les recherches n'ayant servis à rien, toute la famille se retrouva dans la salle.

Daisy Duck 2

La famille est paniquée...

« -Mais où peut-il être ?, angoissa Popop.
-Plus dans cette maison en tout cas..., répondit amèrement Loulou.
-Tu veux dire qu'il serait parti ?, s'exclama Donald. Où ? Pourquoi ? Quand ?
-Il n'a pas pris de nourriture, commenta Gus qui avait tout naturellement fouillé la cuisine.
-Il n'a donc pas prévu de partir pour très longtemps, voulut croire Riri.
-Mais comment peut-on en être sûrs ?, s'agaça Matilda.
-Moi, j'ai une preuve qu'il est parti. »

Cette voix était celle d'Elvire. Alors que tout le monde se retournait vers elle, elle expliqua, sûre d'elle :
« Je viens de fouiller la salle des vêtements. Il manque un gros manteau d'hiver. »
Donald lança un regard vers le paysage neigeux au dehors, comme ses deux cousins, ses trois neveux, sa fiancée et sa grand-mère. Pourquoi Picsou avait-il décidé, soudainement, de sortir ?
« -Il est peut-être parti faire un tour alors qu'il s'ennuyait, tenta Gontran.
-C'est plus qu'un tour, rétorqua Popop. J'étudie Catmembert depuis six heures quarante-cinq du matin. Je n'ai pas vu onc' Picsou partir depuis. »
Un sentiment de panique s'empara de l'assistance. Picsou était donc parti depuis plus de trois heures, voire beaucoup plus, sans prévenir personne, et pour un endroit inconnu.
« -Il est sans doute parti se promener alors qu'il ne trouvait pas le sommeil, proposa Géo, et il a fait un malaise en chemin.
-Ce serait la solution la plus probable, approuva Elvire.
-Mais ça ne résout en rien cette histoire, s'impatienta Daisy. Un vieil homme de quatre-vingt-huit ans qui perd connaissance il y a plusieurs heures, dans la neige et le froid ? Vous êtes conscients que ça n'a absolument rien de rassurant ? »
Les paroles de Daisy réveillèrent Donald et ses neveux qui, après un rapide passage à la salle des vêtements pour se changer, sortirent de la maison. Gontran, hésitant face aux températures glaciales de ce 25 décembre, finit par faire de même, cédant sous le regard accusateur de la fiancée de son cousin. Matilda les rejoignit également après s'être changée.

Donald indiqua à ses cinq coéquipiers :
« -Il y a des traces de guêtres, par ici !
-Quelle chance qu'elles ne soient pas recouvertes par la neige, marmonna Loulou.
-Ce n'est pas un hasard », fanfaronna Gontran, mais les regards mauvais des autres le convainquirent de fermer son clapet.
Dix minutes de marche s'écoulèrent dans le silence et ni la pureté du blanc de la neige, ni les quelques flocons qui commençaient à tomber, ni les animaux qui apparaissaient ponctuellement ne purent le briser. S'arrêtant devant une colline, Donald grommela :
« -Une pente. Je déteste ça. Surtout dans la neige.
-Allons, du courage !, s'exclama Riri. L'oncle Picsou a vu bien pire !
-Exactement !, approuva Loulou.
-Pressons !, s'impatienta Gontran, qui entamait l'escalade de la pente.
-Les enfants..., murmura Matilda, qui avait les yeux levés vers le sommet de la colline.
-Oui ? », demanda Donald, mais il comprit, à son regard ébahi, qu'elle ne lui répondrait pas. Levant la tête dans la même direction qu'elle, il ne tarda pas à comprendre la raison de son ébahissement.

22 - kopie

L'un des rares portraits d'Hortense Picsou avant son départ.

Deux corps de canards, facilement reconnaissables, gisaient tout là haut. Plusieurs flaques gelées de sang les entouraient, dans un contraste frappant avec le blanc de la neige. Pour ne pas clarifier les choses, une femme était assise près de l'un des deux cadavres, visiblement sonnée. Matilda, malgré son âge vénérable, fut celle qui courut le plus vite, suivie par les cinq hommes qui ne purent la rejoindre qu'une fois le choc passé. Une fois arrivée, elle prit les mains - glaciales - de la femme dans les siennes, lui hurlant, comme si son interlocutrice était devenue sourde :
« HORTENSE ! Mon Dieu ! Oh, mon Dieu ! »
Pendant ce temps, Donald, son cousin et ses neveux, regardaient les deux corps sans trop prêter attention aux cris de la vieille femme. Comme ils s'y attendaient, ces cadavres n'étaient pas ceux d'inconnus :
« C'est... C'est affreux, murmura Gontran avec difficulté, comme s'il tentait de retarder le moment où il allait éclater en sanglots. L'un est celui de Gripsou, et l'autre... L'oncle Picsou est mort... »
Et, tous les sept (en comptant Hortense) s'effondrèrent dans la neige pour pleurer à chaudes larmes, sous le coup du double choc de la mort du patriarche et de la réapparition surprise de la fameuse femme que Riri, Fifi et Loulou rencontraient pour la première fois de leur vie : leur grand-mère, Hortense Picsou.

A suivre dans Le choc

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