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Suite de Le choc

Picsou se ramasse

Hortense (à gauche) et Matilda (à droite), jeunes.

Dépôt Picsou, Donaldville. 25 décembre 1955

Alors que la famille Duck tentait de calmer Baptiste, qui s'agitait tant qu'il en risquait la crise nerveuse, Elvire et Matilda restaient au chevet de Hortense, attendant que celle-ci, couchée dans le lit qui appartenait encore la veille à Picsou, se réveille. Ce moment finit par arriver au bout de plusieurs heures : Hortense ouvrit très doucement les yeux, bâilla, battit des cils et murmura :
« -Mon Dieu, que j'ai dormi... Oh, Matilda ! Belle-maman !
-Mon Hortense ! » s'exclama Matilda, très soulagée.
Les deux sœurs s'étreignirent et s'embrassèrent chaleureusement, avant de se mettre toutes les deux à pleurer, autant de joie que de tristesse, en tout cas d'émotion. Respectueuse, Elvire se leva et sortit de la pièce pour les laisser en paix quelques minutes. Peu après, lorsqu'elle passa sa tête dans la chambre, Matilda lui cria :
« -Préviens les autres qu'ils peuvent venir ! Hortense va leur raconter tout, hein Hortense ?
-Oui, tout à fait », murmura Hortense, étrangement apaisée.
Toutes les personnes entrèrent, à l'exception de Baptiste qui, sa sérénité retrouvée, avait décidé de s'éloigner respectueusement (ce qui ne l'empêchera pas, plus tard, de profiter de la volubilité de Popop pour s'informer de ce qu'avait dit Hortense). Formant un cercle autour du lit, les Duck se préparaient à écouter attentivement la mère de Donald.

« -La dernière fois que j'ai vu Zazar, c'était en 1930. Je m'étais brouillé avec lui, comme la majorité de la famille, car il avait décidé de nous snober de la manière la plus irrespectueuse et la plus cruelle qui soit, après plus de vingt ans
Balthazar Picsou 20

Les sœurs de Balthazar le quittent en 1930.

d'absence. Une fois que Della et Donald furent assez grands pour supporter l'idée de mon départ, j'ai quitté, avec Rodolphe, la ferme de Belle-maman (encore merci de nous avoir hébergé tant d'années, madame) et je suis allé vivre avec lui dans un endroit que seuls connaissent belle-maman, Donald, Della et Matilda, à qui j'ai tous quatre fait jurer de ne jamais le révéler à Zazar. Il y a quelques jours, par je ne sais quel miracle, Archibald Gripsou a trouvé mon adresse et est venu sonner à ma porte. J'étais au courant de l'énorme scandale au cœur duquel s'était trouvé cet homme il y a quelques années, lorsque les journalistes avaient découvert son implication dans une vieille affaire de meurtre, et de la faillite de ses entreprises qui s'ensuivit. J'avais également vaguement entendu dire qu'il était l'un des ennemis de Zazar, mais je n'en avais pas grand chose à faire. Et là, devinez ce qu'il a tenté de faire ?

-Non ?, s'interrogea Daisy.
-Il a profité que mon Rodolphe était en voyage d'affaires (il doit encore l'être à mon avis) pour tenter de me séduire !
-Non ! », s'indigna Donald, qui eut un sursaut de dégoût en s'imaginant que Gripsou avait eu l'idée de devenir son beau-père.
Un frisson d'effroi traversa la salle. Imaginez un vieil homme hypocrite, violent et fielleux comme Gripsou, en train de tenter de séduire une femme qui, malgré la vieillesse, avait gardé une certaine beauté et un fort tempérament...
« -Et que s'est-il passé ensuite ?, angoissa le canard en vareuse de marin.
-Je lui ai fait la morale puis je lui ai mis de bonnes fessées comme je t'en donnais quand nous vivions chez ta grand-mère, mon Donny », ricana Hortense, les yeux brillants à ce souvenir heureux.

Donald sursauta et ses joues rosirent. Les neveux, surpris, demandèrent :
« -Onc' Donald, c'est comment une fessée de tante Hortense ?
-Eh bien..., bafouilla Donald. Vous voyez les fessées de tante Matilda ?
-Oui ?
-Eh bien, sachez que maman a toujours été beaucoup moins douce que Matilda », frissonna le canard.
Au souvenir des fessées de Matilda, « beaucoup plus douces » que celles d'Hortense donc, Riri, Fifi et Loulou n'osèrent même pas s'imaginer la scène et décidèrent de ne pas plus rappeler ses souvenirs traumatisants à leur pauvre oncle.
« Continuez, Hor... Hum... Belle-maman ? », tenta Daisy.
Hortense sursauta et regarda plus attentivement la cane, surprise de se voir appeler ainsi. Après quelques secondes de réflexion, elle s'exclama :
« -Ah, vous êtes donc la conjointe de mon Donny ! Oh, mon Dieu, il m'a tant parlé de vous dans ses lettres !
-Conjointe, conjointe..., grogna jalousement Gontran, elle n'est que fiancée pour l'instant hein, ce n'est pas encore définitif. Elle peut encore se rendre compte n'importe quand qu'elle fait une grave erreur, et revenir vers le droit chemin en choisissant quelqu'un de plus... chanceux par exemple.
-Gontran, ferme ton bec, s'agaça Donald.
-DONALD !!, rugit Hortense. Qui t'a appris de pareilles expressions ?!
-Désolé, maman, gémit Donald, redevenu l'enfant boudeur qu'il n'avait jamais cessé d'être.
-Alors comme ça, je te laisse vingt-cinq ans tout seul et tu prends de mauvaises manières, c'est ça ?? Non, mais...
-Hortense, tempéra Matilda en posant une main sur celle de sa sœur. Tu es convalescente, ce n'est pas bon pour toi de t'énerver. Finis ton histoire, ma puce. »

Archibald Gripsou capturant Riri, Fifi et Loulou Duck

Un exemple des "méthodes" de Gripsou.

Hortense retrouva un peu de dignité et, après avoir remis sa couverture en place, passa sa main dans ses cheveux châtains (sans doute teints) et bouclés, en marmonnant :
« -J'en étais à où ? Ah oui, il avait donc tenté de me séduire et je lui ai donné une bonne leçon. Mais, dans les jours qui ont suivi, il est revenu plusieurs fois à la charge, me couvrant de cadeaux, de compliments, de fleurs, … Je commençais à le trouver sérieusement lourd lorsque, finalement, il se mit à me menacer. Je me suis fâchée contre lui et je l'ai traité de tous les noms. Il est parti, furieux, et quelques jours plus tard, ses agents (des brutopiens sûrement) ont défoncé ma porte et m'ont ordonné de les suivre. J'ai refusé, en ai mordu deux et m'apprêtais à courir quand l'un d'eux m'a traîtreusement assommé par derrière.
-Pourquoi Gripsou tenait-il autant à vous avoir ?, demanda Géo.
-Eh bien, j'ai cru comprendre plus tard qu'il voulait réellement me séduire, certainement pas par amour mais bel et bien pour faire souffrir Zazar, qui n'aurait pas supporté de voir sa sœur au bras de Gripsou.
-Il est encore plus mesquin qu'onc' Picsou lorsqu'il me trouve en train de dormir au bureau, feula Popop.
-C'était le seul moyen pour lui de se venger de Zazar, maintenant qu'il était privé de sa fortune. D'ailleurs, il le soupçonnait d'être à l'origine de sa ruine.
-Ah bon ?, s'étonna Donald.
-Ce sont des journalistes travaillant habituellement pour notre demi-frère Gédéon, au Grillon qui parle, qui avaient découvert l'affaire du meurtre, expliqua Hortense. C'est finalement le New York Times qui a dévoilé tout ça, alors que lesdits journalistes n'y travaillaient pas habituellement. Il a donc pensé que Balthazar aurait demandé lui-même à Gédéon de laisser ce scoop être publié dans un journal au retentissement plus important (et dont Zazar comme Gédéon étaient actionnaires).
-C'est possible, reconnut Donald. En plus, ça ne m'étonnerait pas, venant d'onc' Picsou...
-En effet, confirma Gontran, un peu surpris d'apprendre que son oncle était à l'origine de l'un des plus grands scandales de ces dix dernières années.
-Et donc, la suite ?, s'impatienta Elvire.
-Donc, les agents de Gripsou m'ont amenée à lui. Ce vieux c** avait compris que, même sous la torture, je ne céderai pas à ses avances, et il avait alors décidé de se servir de moi comme vengeance ultime. Il m'a prise en otage pour proposer un marché à Zazar.
-Quel marché ?
-La moitié de sa fortune, et le sou fétiche, contre... ma vie. Il avait même préparé un papier Je soussigné Balthazar Picsou, homme d'affaires, donne ce 25 décembre 1955 la moitié de ma fortune à Archibald Gripsou, ainsi que mon sou fétiche, en raison de notre longue amitié et de ma soudaine lassitude à être l'homme le plus riche du monde. »
La stupeur toucha toutes les personnes présentes. Quelle idée saugrenue avait eue Gripsou !
« Il espérait pouvoir me tuer et rendre Zazar responsable de ma mort, afin de détruire sa réputation comme la sienne avait été détruite. Il n'avait pas pensé une seconde qu'il accepterait, au vu de notre relation glaciale. Et il a toujours sous-estimé son sens de la famille, que tu m'as tant décrit dans tes lettres, ma Matilda. » Puis elle rajouta, beaucoup plus bas : « Et moi aussi, j'ai eu un doute. »
Matilda s'assied sur le lit et embrassa Hortense avec beaucoup d'amour, alors que quelques larmes coulaient sur ses joues :
« -Tu as eu tort, Hortense, ma chérie. Tu n'aurais jamais dû douter de Zazar.
-Oui, sûrement, dit Hortense en séchant ses larmes. Gripsou venait d'arriver et, après m'avoir fourrée, ligotée, sous un buisson, il cherchait un moyen de le faire venir sans alerter le reste de la famille. Or, Balthazar est venu sans même que Gripsou ait besoin de réfléchir plus longtemps. Il m'a dit plus tard qu'il avait eu un rêve prémonitoire.
-Comment ça, il t'a dit plus tard ??, s'étrangla Gontran.

Le Fils du Soleil 3

-Voici ce qu'il s'est passé : avant même que Gripsou expose ses conditions, Zazar n'a pas eu envie de l'écouter, et a préféré le ridiculiser en se moquant de lui. Gripsou s'est fâché et ils se sont battus. Moi, je ne voyais presque rien, mais j'entendais tout, et j'avais peur. A un moment, j'ai entendu un choc, qui était celui de Gripsou s'écroulant, gravement blessé, au sol. Zazar avait décidé de me chercher et d'appeler les urgences pour son adversaire, mais j'ai entendu soudain un coup de feu, et c'est Balthazar qui s'est effondré. »

Un grand silence s'installa. Chacun se regardait, gêné. Pauvre oncle Picsou, mourir de façon si violente... Constatant leurs mines, Hortense les rassura :
« -Ah mais, rassurez-vous ! J'ai dit qu'il s'était effondré, pas qu'il était mort sur le coup !
-Ah ?, s'étonna Elvire.
-Il était très gravement touché, mais il n'est pas mort sur le coup. Il n'est mort que deux heures plus tard.
-Tu veux dire qu'il a passé deux heures par terre, avant de mourir ? Le pauvre...
-Ah non, ce serait mal le connaître ! Figure-toi que, bien que n'ayant plus la force de se relever, il a rampé pour me trouver. Moi, j'ai réussi, en secouant la tête comme une demeurée, à enlever mon bâillon, et j'ai crié. Il m'a rapidement trouvé et nous sommes restés, lui effondré à terre, moi ligotée. Bien qu'à terre, il n'était pas vaincu, il comprenait qu'il allait mourir et il tenait absolument à... à...
-A quoi ?..., demanda timidement Daisy, ahurie par la tournure que prenait le récit.
-A... »
Hortense eut du mal à maîtriser un sourire ému. Elle finit par lâcher :
« A ce qu'on parle ensemble. Pendant ces deux heures, nous avons parlé de tout ce qui nous était arrivé, à l'un et à l'autre, depuis notre séparation. J'ai d'ailleurs cru comprendre que tu ne t'étais pas ennuyé durant mon absence, Donny, ajouta-t-elle à son fils d'un air taquin. Il m'a aussi expliqué très précisément tout ce qu'il avait ressenti pendant toutes ces années, tout ce qui avait causé son durcissement en 1930, tous les regrets qu'il avait eu ensuite, toute sa honte... Puis il m'a demandé pardon. Et je lui ai pardonné. A ce moment-là, il m'a regardé avec un sourire heureux... Puis sa tête est retombée et je l'ai entendu me murmurer Au revoir. »

Matilda et Hortense quittent leur frère

Cette fois-ci, Donald, Gontran, Elvire, Daisy, les neveux, Géo et Gontran furent très émus par cette conclusion. Matilda, en silence, fit un très beau sourire à Hortense, qui retrouva son visage serein de tout à l'heure. Mais rapidement, la mère de Donald commença à pleurer d'émotion :
« Il s'est battu pour moi, et ça, je ne l'aurais jamais cru. Mais ce qui me touche le plus, c'est que... qu'il attendait sûrement d'avoir revu ses deux sœurs avant de... de... de pouvoir partir... »
A ce moment, Baptiste entra, déposa plusieurs dizaines de paquets de mouchoirs, et repartit aussi discrètement qu'il était venu. Ce cher Baptiste, s'il savait à quel point il avait été utile, à ce moment-là !

J'ai été plus dur que les gros durs, plus malin que les petits malins et j'ai réussi honnêtement !
Comment Balthazar Picsou aurait-il pu finir sa vie de façon plus héroïque, plus courageuse, plus romanesque, plus... plus digne de lui ? Mais si sa vie s'arrête là, les conséquences de sa mort ne font que commencer...

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