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Suite de Des lendemains difficiles

Ferme de Grand-mère Donald. 28 décembre 1955

J'ai été plus dur que les gros durs, plus malin que les petits malins et j'ai réussi honnêtement !

Uncle Scrooge n°292

Picsou, plus flamboyant que jamais...

« -J'ai toujours adoré cette phrase. Elle résume si bien ta vie...
-Merci, Riri. »
Un silence suivit ce court dialogue. Riri ne réussissait que difficilement à poser ses yeux sur la silhouette fantomatique qui semblait être son défunt oncle, au loin, dans l'obscurité.
« -Pourquoi nous as-tu abandonné, onc' Picsou ?, craqua brusquement l'adolescent. Tu... tu... C'était pas le bon moment !
-Bien sûr que c'était pas le bon moment, grommela Balthazar. Mais voilà, on ne peut pas toujours prévoir. Vous allez devoir faire avec. »
Le jeune canard sentait le désespoir l'envahir. Il insista :
« -Onc' Picsou, tu t'es toujours sorti des pires des situations ! Tu... tu vas bien finir par t'en tirer ! Ce n'est qu'une sale blague, hein ? Tu vas revenir !
-Riri, il faut que tu comprennes que, parfois, on n'y peut rien. C'est fini ! Toutes ces aventures : Cibola, la Vallée interdite, Tralla-la, Bombie le zombie, les courses vers le Nord, sur mer et sur terre, le trésor des templiers, les combats contre les Rapetou, Miss Tick, le Chevalier Noir, … C'est fini, ça ne reviendra plus ! Et ça ne te servira à rien de te lamenter, mon garçon. Fais-toi à cette idée. Il n'y aura plus jamais d'aventures de Balthazar Picsou.
-Non, c'est pas fini, s'entêta Riri. La veille de... de l'accident...
-Ce n'était pas un accident.
-La veille de... Bref, tu disais encore que tu avais trouvé des plans te révélant l'emplacement d'un nouveau trésor, en plein cœur de Londres. Et un autre aussi, à Séoul, et encore un autre, en plein milieu de la Méditerranée ! Et tu parlais de commander de nouveaux pièges contre les voleurs...
-Oui mais voilà, c'est annulé.
-Non, c'est pas annulé !
-Si. Et ça m'attriste aussi, j'aurais adoré aller chercher ces trésors, dès début janvier. Je vous aurais réveillé à cinq heures du matin, je vous aurais hurlé de préparer vos bagages pour notre départ, dans trois heures. Et, à notre retour, nous aurions encore donné une belle raclée aux Rapetou, puis nous serions partis au Vésuve pour empêcher Miss Tick de fondre mon sou fétiche dans le volcan. Mais voilà, je peux plus. C'est fini.
-Tu... tu es vraiment sûr ?
-Oui... Bon, je vais te laisser, Duncan veut sa vengeance au golf. Après, j'irai voir Goldie.
-Goldie ?
-Oui, elle est décédée il y a quelques mois... Je ne le savais même pas, c'est drôle, non ? Je vais prendre de ses nouvelles, cela faisait des années que je ne l'avais plus vue. Peut-être qu'on pourra enfin vivre ensemble nos rêves, qui sait ? J'ai tout mon temps, à présent... Tout mon temps... »
Riri osa enfin poser les yeux sur la silhouette. Il fut surpris de voir que c'était bien Picsou, mais pas celui qu'il avait toujours connu. Ce Picsou-là était jeune, athlétique, ne portait pas de petites lunettes, et était vêtu en prospecteur : il semblait revenu à l'époque où il était plus flamboyant que jamais. Avant de prendre congé de son petit-neveu, il lui adressa ces dernières paroles :
« Surtout, ne perds pas ton sang-froid, Riri. Tu as du courage à revendre, tu es intelligent, subtil et plein d'humour, et tu as soif d'aventures. Le sang des McPicsou coule dans tes veines, comme dans celles de tes frères. Tu surmonteras toutes les épreuves, et avec brio, sois sans crainte. Au fait, ton oncle m'avait encore emprunté dix-huit dollars avant qu'on parte vers le Mont Ours... Tu lui diras que ce n'est pas la peine qu'il cherche à rembourser cette dette ; il serait bien capable d'essayer, cette tête de linotte. »

Riri circonspect

Le cri du coq retentit d'un seul coup, réveillant Riri, qui avait le sommeil moins lourd que ses frères, avec lesquels il était en train de dormir. Le jeune garçon se sentit étrangement apaisé par ce chant si régulier, si habituel, si... normal. Il avait beaucoup de mal à se faire à l'idée que ce grand-oncle qu'il avait toujours tant admiré et avec qui il avait vécu tant d'aventures incroyables n'était plus là depuis déjà plusieurs jours, et entendre quelque chose d'aussi normal que le chant du coq le rassurait : la vie continuait. Il ne réussirait pas à se rendormir ; il sortit discrètement du lit, s'habilla rapidement et sortit de la chambre. Peut-être Grand-mère aurait-elle besoin d'aide pour les tâches du petit matin ?

Il se dirigea vers la cuisine afin de manger quelque chose et tomba nez-à-nez avec ses oncles Gontran et Donald. Les deux canards étaient déjà à table pour grignoter, et s'ignoraient courtoisement. Riri songeait à se préparer du café pour se réveiller, quand commença une de ces pittoresques disputes qui animaient la vie de la famille Duck. Gontran, le premier, remarqua :
« -On devrait peut-être aider Grand-mère, aujourd'hui. Qu'on ne soit pas là pour rien.
-Bonne idée, approuva Donald. Je m'occupe de traire les vaches.
-Non, je ferai ça, s'opposa Gontran.
-Et pourquoi donc ?
-Parce que j'en ai envie. Et puis, nourrir les cochons est une fonction plus adaptée à ta couche sociale.

Donald et Gontran 1

-Ma couche sociale ?, demanda, méfiant, le canard en vareuse de marin.
-Oui, la couche sociale des gens qui sont obligés de piller la tirelire de leurs enfants pour payer leurs impôts.
-Que veux-tu dire ?, s'irrita sérieusement Donald.
-Que tu es pauvre, Donald, infligea impitoyablement Gontran.
-C'est complètement faux !!! J'ai parfois quelques soucis, d'accord, mais...
-Pourtant, l'anecdote de la tirelire est vraie, ne put s'empêcher d'intervenir Riri. Heureusement, nous t'avions pris sur le f...
-TAIS-TOI, PETIT SCORPION ! »
Alors que Gontran s'était écroulé de rire sur la table et que Donald fusillait du regard Riri, ce dernier ne savait plus trop où se mettre. Mais que cette sensation était agréable ! On se serait crûs revenus au temps d'avant le 24 décembre...

A ce moment, Hortense fit son entrée, encore en robe de chambre mais déjà rouge de colère. Elle se dirigea d'un pas ferme vers son fils et le prit par la peau du cou, avant de lui crier :
« -Comment oses-tu parler ainsi à mon petit-fils, espèce de petit mal élevé ! Le soleil se lève à peine et ça hurle déjà sur plus petit que soi, c'est ça ??
-Désolé, maman », implora Donald.
Gontran riait tant qu'il en perdait le souffle. Hortense, constatant ce fait, lâcha brusquement son fils et se dirigea vers le veinard, qui n'en menait pas large.
« -Et toi, je t'interdis de traiter à nouveau mon fils de pauvre, c'est compris ? Tout le monde n'a pas le pouvoir de faire tomber de l'argent du ciel en tendant les bras !
-Mais je..., tenta de se défendre Gontran.
-TAIS-TOI !!! »

Hr-Hortense fâchée

En voyant ainsi ses deux oncles être matés en moins de trente secondes par la même vieille femme, Riri hésitait entre la gêne et le rire franc. Hortense, essuyant sa sueur, alla dans sa direction et l'embrassa, avant de lui demander d'un ton tout à fait tranquille, comme s'il ne s'était rien passé :
« -Tu vas bien, mon chéri ?
-Euh, oui, merci Hortense.
-Tu peux m'appeler « grand-mère », tu sais.
-Je... C'est..., bredouilla le jeune canard, qui n'avait pas encore réalisé qu'il avait désormais une deuxième « grand-mère » en plus d'Elvire.
-Tu t'y habitueras, le rassura malicieusement Hortense. Tu pourrais me faire aussi du café, s'il te plaît ? »

Les cris de Donald puis de Hortense avaient réveillé toute la ferme : moins de vingt minutes plus tard, toute la famille était réunie dans la salle à manger. Étaient présents Elvire, Donald, Gontran, Hortense, les canetons, Daisy, Gus, Matilda et Popop. Géo avait poliment décliné l'invitation et Baptiste, qui avait été invité en raison de sa proximité bien connue avec feu l'homme le plus riche du monde, avait affirmé qu'il devait s'occuper du dépôt désormais inhabité et aussi prendre régulièrement des nouvelles de Miss Frappe, qui s'était enfermée chez elle le temps de faire son deuil. Une fois le repas terminé, chaque membre de la famille (même Gus et Popop !) proposèrent à Elvire de l'aider ; en effet, quoi de mieux que le travail pour oublier ses soucis ? Ravie de cette initiative, la doyenne de la famille donna à chacun une tâche, avant d'elle-même partir nourrir les animaux. Seuls restaient Donald et Riri, qui finissaient de manger un peu en retard. Pendant les quelques minutes où ils se retrouvèrent en tête-à-tête, le canard en vareuse regarda avec bienveillance son neveu, puis concéda, un peu gêné :
« -Désolé de t'avoir crié dessus et insulté, Riri. On est tous sur les nerfs, en ce moment...
-Oh, c'est rien, le rassura le jeune canard en se levant pour aller laver son assiette. Au fait, tu te rappelles les dix-huit dollars que t'avaient prêté Onc' Picsou, avant toutes ces histoires ?
-Euh... oui, je crois. Et alors ?
-C'est pas la peine de rembourser.
-Ah... Euh, oui, ça va de soi. Mais pourquoi tu me... »

Riri contempla avec amusement et affection son oncle, qui était un peu désappointé. Décidément, c'était l'incarnation du brave type : bourré de défauts mais gentil et bienveillant. Tout à coup, une bouffée d'amour quasi-filial
Donald colère neveux

Donald n'est pas toujours habitué à la tendresse, avec ces garnements...

l'envahit pour ce canard certes maladroit et colérique, mais qui prenait soin de lui et de ses frères depuis déjà de nombreuses années. Il se précipita vers lui et entoura de ses bras le cou de son tuteur qui, bien que surpris, se laissa faire et profita de cette petite marque de tendresse qu'il n'était pas forcément habitué à recevoir. Matilda, qui était sur le point de rentrer dans la ferme chercher une affaire qu'elle avait oubliée, vit involontairement cette scène par la fenêtre et l'observa discrètement, attendrie, tout en se faisant la remarque que la perte d'un être cher avait décidément des effets secondaires très variés et parfois surprenants.

C'est à la fin de la journée que les Duck mesurèrent la chance qu'ils avaient d'être dans cette ferme isolée pour quelques jours. En effet, Baptiste les avait appelés au téléphone, penaud : le jeune reporter Brice Sanscrupul s'était fait passer pour un agent de police et lui avait demandé tout ce qu'il savait sur les circonstances de la mort de Picsou. Dès le lendemain, le Grillon qui parle dévoilerait, en exclusivité, que l'homme le plus riche du monde était mort assassiné, et les premières fuites étaient déjà parvenues aux autres journaux du soir et à la télévision, qui attendaient avec impatience d'en savoir plus. C'est ces fuites qui avaient convaincu Gédéon Picsou, le rédacteur en chef, de ne pas censurer cet article ; par la faute de Brice, il était déjà trop tard. Un nouvel ouragan médiatique était à prévoir...

A suivre dans Fidèle au poste