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Suite de Héritage à problèmes

Donaldville. 5 janvier 1956

J'ai été plus dur que les gros durs, plus malin que les petits malins et j'ai réussi honnêtement !

Mort-de-picsou

Riri se remémorait inlassablement la devise fétiche de son défunt oncle. Il était vêtu de façon assez sobre, en noir, comme tout le reste de la famille : Donald, Fifi, Loulou, Gontran, Popop, Grand-mère, Gus, Matilda, Hortense, Daisy et Gédéon. Cette famille si spéciale était entièrement réunie et se dirigeait d'un pas lent vers le cabinet du notaire de Picsou, Maître Duhibou, afin de procéder à la lecture du testament de l'homme le plus riche du monde.

Aujourd'hui, cette devise sera la nôtre... songea avec angoisse le caneton, tout en observant les hordes de journalistes qui les suivaient mais ne pouvaient pas les approcher à cause de la patrouille de policiers que le maire de Donaldville avait mise à leur disposition. Seul Léon Sanzun, arrivé en retard, parvint à les rejoindre, Elvire confirmant aux agents qu'il s'agissait bel et bien d'un demi-frère de Picsou. Toutefois, Riri entendit malgré tout les questions de certains journalistes et notamment du plus acharné d'entre eux, Brice Sanscrupul, qui demanda :
« Les Duck et les Picsou, une question pour Le Grillon qui parle : pensez-vous que les entreprises de Balthazar Picsou vont faire faillite et tomber dans l'escarcelle de John Flairsou, comme celui-ci l'a prédit dans... »
Fort heureusement, il fut repoussé par un policier imposant avant que Donald ne lui hurle une flopée d'insultes. Hortense, irritée, se tourna vers Gédéon qui semblait avoir honte :
« -Ben bravo, Gédéon, je suppose que c'est toi qui a demandé à ton reporter de nous harceler comme ça afin d'avoir un beau reportage-photo...
-Eh bien ça va te surprendre mais... non. C'est juste que je n'ai aucune autorité sur Brice.
-Alors, vire-le !, s'énerva la cane.
-Mais..., protesta mollement le patron de presse. Il est rapide et compétent... »
Son ton peu convaincu suffisait à démontrer que, malgré ses dires, il réfléchissait sérieusement à cette éventualité, ce qui suffit pour calmer momentanément sa demi-sœur.

Riri posa les yeux sur ses frères. Ils avaient l'air tout aussi soucieux que lui. Bien qu'on les avait préservés de la vérité de peur de les effrayer, ils avaient très bien compris que c'était eux qui allaient hériter précocement de la fortune colossale de leur grand-oncle, et qu'une foule d'ennuis allaient par conséquent pointer leur nez sous peu. Ils n'en avaient pas encore parlé entre eux, trop angoissés pour ça, mais ils avaient chacun cette idée en tête, cette idée et rien d'autre. Nous serons bientôt les
Baptiste et Frappe en colère contre Picsou

Baptiste et Miss Frappe, les deux employés les plus fidèles de Picsou.

hommes les plus riches du monde et nous ne saurons pas quoi faire. Mais nous nous battrons, comme l'onc' Picsou. Il sera fier de nous.

Bientôt, ils arrivèrent devant le cabinet de Maître Duhibou, devant lequel se trouvaient Géo Trouvetou, Baptiste et Miss Frappe, eux aussi conviés à la lecture du testament. Si les deux premiers avaient l'air de se porter relativement bien malgré leurs yeux fatigués, la troisième n'avait visiblement pas fini de faire son deuil de son patron : on aurait pu croire qu'elle portait tous les soucis du monde sur ses épaules. C'était d'ailleurs la première fois, depuis le 25 décembre, qu'elle sortait de chez elle. La retrouvaille entre la famille du défunt et leurs trois amis fut l'occasion d'une agitation nouvelle chez les photographes, qui se dépêchèrent d'immortaliser cet émouvant instant avant d'être une bonne fois pour toutes chassés par la police.
« -Mes chers amis..., murmura Baptiste. J'ai pris soin du dépôt de M. Picsou, il est comme avant... Son héritier pourra venir s'y installer dès qu'il le désirera, et s'il veut encore de mes services je resterai.
-Oh, Baptiste, s'émut Donald non sans laisser couler quelques larmes. Nous ne pourrons jamais assez vous remercier pour tout ce que vous...
-Je serai également de tout cœur avec vous !, s'exclama Géo. Picsou est l'un des hommes les plus admirables que j'ai jamais rencontrés, je ne l'oublierai jamais !
-Oui..., appuya faiblement Miss Frappe. Comme Baptiste, je resterai au service de l'héritier de M. Picsou durant les quelques années qu'il me reste avant de partir en retraite. »

La fidélité de ces trois proches de Picsou fit chaud au cœur des canards, mais il fallait désormais passer à la partie la moins agréable. Ils rentrèrent un à un, accueillis par le digne et glacial Maître Duhibou. Les seize personnes conviées s'assirent sur les sièges confortables du cabinet du notaire tandis que ce dernier tirait les rideaux avec agacement, pour couper l'herbe sous le pied aux journalistes têtus qui s'agrippaient à sa fenêtre.
« Bien. »

Maître Duhibou

Le digne Maître Duhibou.

Il se planta, droit comme un piquet, au centre de la salle. Un huissier de justice entra et lui remit en mains propres le fameux testament, un petit manuscrit de plusieurs pages.
« Nous sommes aujourd'hui réunis pour procéder à la lecture du testament de M. Balthazar Picsou, qui nous a quitté le 25 décembre 1955 à l'âge de 88 ans suite à un duel à mort avec M. Archibald Gripsou, lui-même décédé quelques heures plus tôt. »
A la surprise générale, ce fut Hortense qui craqua la première en laissant entendre un affreux sanglot. Des souvenirs de cette nuit terrible dont elle avait été l'élément déclencheur devaient ressurgir dans sa mémoire. Très digne, Duhibou lui laissa le temps de reprendre son calme, avant de continuer.

« -M. Picsou a rédigé la première version de ce testament en janvier 1948. Le fait de reprendre contact avec sa famille (je parle bien de vous, M. Donald) avait dû lui donner envie de s'occuper de cette tâche qu'il estimait auparavant morbide et sans intérêt d'autant plus qu'il ne souhaitait pas spécialement léguer sa fortune à qui que ce soit.
-Et que contenait cette première version ?, demanda timidement Donald, surpris et ému de constater que Picsou avait rédigé son testament juste après leur première rencontre lors de l'histoire du Mont Ours.
-Il vous y léguait tout, M. Donald. »
A ces mots, Donald faillit s'écrouler au sol, mais il fut heureusement retenu par ses neveux. Il avait donc été, durant un temps, l'héritier unique de l'homme le plus riche du monde ?
« -Mais, poursuivit Duhibou, son choix s'est affiné au fur et à mesure qu'il apprenait à vous connaître et qu'il reprenait contact avec des membres de sa famille. Dans une seconde version, écrite en mars 1952, il divise sa fortune en trois : une part pour M. Donald, une part pour M. Gontran, et une part pour messieurs Richard, Firmin et Louis, surnommés par leurs intimes « Riri, Fifi et Loulou ». Toutefois, ces deux premiers testaments étaient assez fantaisistes et pas réellement clairs : M. Picsou ne les a rédigés que dans l'urgence, au cas où il devrait mourir brusquement, hypothèse qu'il n'envisageait pas réellement. Son véritable testament sérieux et précis est le troisième, celui qu'il a rédigé en novembre 1955, soit le mois précédant son décès.
-Il... il y aurait donc un lien ?, interrogea Géo.

Picsou testament

Picsou relisant son testament.

-C'est peu probable, M. Picsou n'avait pas prévu sa mort. Il avait quelques petits soucis de santé, mais rien de plus. Ce serait plus vraisemblablement ses retrouvailles avec Mme Matilda, fin 1953, qui l'avaient bouleversé. »

Cette fois-ci, c'est Matilda qui ne put retenir quelques larmes. La tension était extrême : Maître Duhibou s'apprêtait à ouvrir le testament. Donald, Gontran et Popop tremblaient sur leurs chaises, Riri, Fifi et Loulou ne faisaient plus le moindre mouvement et suaient, Matilda et Hortense pleuraient silencieusement l'une contre l'autre, Elvire, Daisy et Gédéon se regardaient d'un air stressé, Gus rognait ses ongles tandis que Baptiste, Géo et Miss Frappe baissaient la tête. Seul Léon semblait relativement tranquille et attendait avec une certaine impatience la lecture. Maître Duhibou les acheva en assenant :
« Nous commençons. »

A suivre dans la deuxième partie de ce chapitre

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