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Suite de la première partie de ce chapitre

I Want You

Qui Picsou a-t-il choisi pour gérer sa fortune ?

Il ouvrit l'opuscule et lut d'un ton monocorde :
« Je soussigné Balthazar Picsou, né à Glasgow en 1867 de Fergus McPicsou et Edith O'Drake sous le nom de Balthazar McPicsou, sain de corps et d'esprit, déclare léguer ma fortune selon les conditions définies ci-dessous. Avant cela, quelques cas particuliers à traiter indépendamment du reste de mon patrimoine :
Je lègue à mon demi-frère Gédéon Picsou l'ensemble de mes actions dans le groupe de presse Picsou & Picsou associés, que nous avons fondé ensemble. Je lui confie également la responsabilité de nommer un nouveau rédacteur en chef au quotidien Picsou-soir. Je lui adresse aussi la demande de laisser mon neveu Popop Duck prendre la direction du supplément « Le Couac ! », qui n'aurait jamais été ce qu'il a été sans son talent.
Je confie à mon ami et collaborateur Géo Trouvetou le groupe technologique et de recherche Picsou. S'il ne désire pas en assurer la direction, il est libre de nommer mon successeur à sa tête. »
Il s'interrompit pour s'assurer que ces premières indications étaient bien claires.
« -Bien évidemment, je perpétuerai le groupe de presse Picsou & Picsou associés, abonda Gédéon.
-Rédacteur en chef du « Couac ! », mon rêve !, s'emballa Popop, qui fit tomber involontairement son bonnet tant il était heureux.
-Directeur du groupe technologique et de recherche Picsou..., réfléchit Géo. Ce serait beaucoup de responsabilités, mais... pourquoi pas ? Je serai enfin un scientifique reconnu. »

Maître Duhibou, par un geste de la main, interrompit leur bavardage.
« Bien. Maintenant, nous allons rentrer dans le cœur du sujet : qui M. Picsou a-t-il choisi pour gérer sa fortune ? »
Un immense silence envahit soudainement le cabinet. Sans prêter attention à la tension, le notaire lut :
« Ces exceptions passées, il m'a été très difficile de définir précisément mon héritier. Pourquoi ? Parce que parmi les deux qui semblaient se dégager naturellement, mes neveux Donald Duck et Gontran Bonheur, chacun avait ses qualités et ses défauts qui lui étaient propres, qui faisaient partie de sa nature profonde, et dont je savais que je ne pourrai jamais rien y changer.

Gontran Bonheur 8

Un dur réquisitoire de Gontran par l'oncle Picsou !

Pour commencer, Gontran : tu es quelqu'un de chanceux et cette qualité m'a aidé à plusieurs reprises. Mais tu n'es pas travailleur, tu ne cherches pas à t'améliorer, à évoluer. Jamais tu n'oseras te mouiller dans une entreprise folle et osée, car tu considéreras que ta chance, de toute façon, t'aidera à gagner de l'argent d'une façon plus confortable. Je vais te donner un conseil qui m'a servi toute ma vie : c'est le goût du risque qui m'a permis de gagner de l'argent. En faisant des choses que personne d'autre n'avait jamais faites : ainsi, j'étais sûr que j'allais gagner seul contre le reste du monde. Parce que tu es incapable de comprendre cela, j'ai fait le choix de t'écarter de la gestion de mon patrimoine. J'espère que tu ne m'en voudras pas, et que tu ne t'imagineras pas que cela m'a empêché de développer pour toi une affection (assez légère certes). »
Gontran ne semblait pas très surpris mais il grogna, un brin irrité. Moins angoissé, il commença à s'affaler de manière bien moins digne sur son siège pour écouter la suite.

« Je vais maintenant évoquer le cas de mon neveu Donald Duck. »
Tous les yeux se tournèrent vers le canard, qui avait à ce moment précis une très grande envie de mourir. Vais-je vraiment perdre mon confort et ma vie dans quelques secondes ?...
« Donald, mon cher neveu. Ces dernières années, tu as été la personne qui a été la plus proche de moi, et je t'en remercie. De toute évidence, la fin de ma vie aurait été nettement moins heureuse sans toi, malgré tout ce que j'ai pu te dire dans mes nombreux moments de colère provoqués par ta maladresse, ton orgueil et ta mauvaise foi. »
Cette entrée en matière fut l'occasion, dans la salle, d'un mouvement oscillant entre l'émotion et l'hilarité. Même Donald le prit bien : c'était tellement caractéristique de l'oncle Picsou d'écrire cela que le rappel de ses « qualités » lui faisait relativiser la gravité du moment.
« Malgré tes nombreux et insupportables défauts, tu es un McPicsou dans l'âme. Tu es (parfois) courageux, assez débrouillard et tu sais vivre dans la misère sans t'en plaindre. Tu me rappelles moi à mes débuts, à Glasgow, mis à part le fait que moi, j'avais le sens des affaires et j'étais travailleur. »
Nouveau rire général dans la salle. Donald se sentit soulagé de voir que l'ambiance était devenue beaucoup plus légère. Mais le moment fatidique approchait.
« Pendant longtemps, j'ai pensé que tu serais mon principal voire unique héritier. Mais, lorsque j'ai réfléchi plus sérieusement à la question, je me suis rendu compte que tu aurais sans doute beaucoup de mal à gérer mon patrimoine. De plus, en as-tu réellement envie ? Je n'en suis pas certain, tu es un jeune homme simple qui veut vivre tranquillement et simplement et n'avoir que quelques sensations fortes de temps en temps. »

Maintenant, plus personne ne riait, surtout Donald. Une stupéfaction de plus en plus grande s'emparait progressivement de chacun des témoins.
« C'est pourquoi, continua le notaire comme si de rien n'était, j'ai pris la décision de t'écarter toi aussi de la gestion de mon patrimoine. Tu auras un simple rôle de consultant, si tu le désires, ainsi qu'une autre fonction que je détaillerai ci-après. »
Tous les regards se posèrent alors sur Riri, Fifi et Loulou, tremblants. Si ce n'était pas Donald ni Gontran, qui allait gérer la fortune de Picsou en attendant leur majorité ?
« -Ce n'est pas un testament, râla Maître Duhibou, c'est carrément un discours d'adieux.

Riri Fifi Loulou et leur manuel

Les héritiers de Balthazar Picsou... lorsqu'ils seront majeurs !

-Est-ce que vous pourriez continuer, s'il vous plaît ?, demanda Gontran, incapable, comme le reste de sa famille, de détacher son regard des canetons.
-Oui. Je l'ai sous-entendu plusieurs fois au cours de ces dernières années, et c'est pourquoi cela n'étonnera personne : j'ai décidé que mes petits-neveux Richard, Firmin et Louis, surnommés Riri, Fifi et Loulou, hériteront de ma fortune. Malgré leur jeune âge, j'ai déjà pu constater à maintes reprises qu'ils avaient toutes les qualités que je possédais à l'époque de mes premières aventures en Amérique : ils sont courageux, téméraires, curieux, vifs, créatifs et prévoyants. Ils ont également une logique et un sens de la raison qui leur permettront de gérer à merveille mes entreprises, une fois arrivés à leur majorité. »
Les neveux rougirent de plaisir, mais les adultes ne parvenaient pas à se détendre. Quand donc Duhibou allait-il annoncer la nouvelle fatidique ?

« Dans le cas fort peu probable où je devrais mourir avant leur majorité, alors mon patrimoine et mes affaires seront gérées par...
-Dites-le !!! », s'écria Donald, n'y tenant plus.
Outré, le notaire tenta de protester mais toute la famille au grand complet, ainsi que Baptiste, Géo et Miss Frappe, hurlèrent à leur tour :
« DITES-LE !!!! »
Duhibou ferma son bec, effrayé, et reprit le testament sans oser faire de réflexion :
« - mes affaires seront gérées par plusieurs personnes, que j'apprécie pour leur bon sens et leur honnêteté. Parmi elles, je demande à ma sœur, Matilda Picsou, de reprendre le commandement de mes affaires comme elle l'a déjà fait par le passé, ainsi qu'à mon autre sœur Hortense Picsou, dont je n'ai plus de nouvelles depuis de très nombreuses années. Si elle est présente à la lecture de ce testament, je lui transmets mes plus sincères excuses pour tout le mal que je lui ai fait, et je veux l'assurer que je l'ai toujours aimée, même après son départ qui a été l'un des événements les plus douloureux de ma vie.
-Je sais, Zazar, tu as eu deux heures pour m'en parler..., souffla Hortense avant de se remettre à pleurer à chaudes larmes.

Matilda et Hortense quittent leur frère

-De plus, si un jour l'un des membres de ma famille ou de nos amis proches est dans le besoin, je suis sûr qu'elles sauront user de mon argent avec parcimonie pour sortir cette personne de son souci. Alors, demanda le notaire, tout à fait insensible, acceptez-vous, mesdames, de reprendre le commandement des affaires de M. Picsou en attendant que messieurs Richard, Firmin et Louis soient majeurs ?
-Bien sûr !, s'exclama Hortense, brusquement revigorée, en serrant ses petits-fils contre elle. Oui, oui, nous acceptons ! Pas vrai, Matilda ?
-Nous pouvons bien faire ça pour les petits », confirma Matilda.

Alors que l'émotion était de plus en plus palpable dans la pièce, Duhibou acheva la lecture :
« -Je souhaite que mes sœurs soient aidées dans leur tâche par des personnes de confiance qu'elles pourront consulter en cas de besoin : mon neveu Donald Duck donc, mon beau-frère et père de ce dernier Rodolphe Duck, qui a déjà lui aussi participé à la gestion de ma fortune, mon amie qui est également la belle-mère d'Hortense Elvire Écoutum, ainsi que mon fidèle majordome Baptiste...
-Moi ?, s'exclama Baptiste, très surpris.
-Oui, vous. M. Picsou semblait vous apprécier pour votre fidélité et la qualité de vos conseils, ce qui me laisse penser que vous étiez plus qu'un majordome pour lui. Tous les consultants susnommés, acceptez-vous ?
-Oui, assura Elvire.
-Bien sûr, confirma Donald, très soulagé.
-Je pense que Rodolphe sera d'accord, songea Hortense. Je lui en parlerai lorsqu'il sera de retour de son voyage d'affaires.
-Ce sera un plaisir de servir M. Picsou d'une façon nouvelle, se rengorgea Baptiste, qui ne paraissait finalement pas peu fier de sa nomination.

Uncle Scrooge n°292

Les canards sont prêts à se battre seuls contre le monde entier... comme Picsou !

-Je finis, les coupa Duhibou. Une note se trouve à la fin de ce manuscrit. Mon neveu Donald Duck, lui et lui seul, doit la lire. Je fais confiance à Maître Duhibou pour la lui confier en mains propres. Et cela se termine par sa signature, c'est donc la fin du testament. Tenez, M. Donald. »

Donald prit la note et la rangea dans sa poche afin de la lire plus tard à tête reposée. Toute la famille était prise d'une grande euphorie. La solution trouvée trouvée par Picsou était parfaite, il avait pensé à tout ! Donald, Gontran, Popop, Riri, Fifi et Loulou, Elvire, Matilda, Hortense, Daisy, Gédéon, Gus, Baptiste, Miss Frappe et Géo se levèrent et sortirent tous ensemble, unis, d'un pas fier et confiant. Seul Léon Sanzun ne les suivit pas, peu intéressé par ce dénouement, et on ne le revit plus jamais par la suite.
Peu importaient les rapaces comme les journalistes et Flairsou. Ils étaient la famille du grand Balthazar Picsou, l'un des plus grands aventuriers de ce siècle et du précédent, et c'est avec détermination qu'ils défendront ce qu'il avait construit durant toute sa vie : son empire. Et pour cela, ils étaient prêts à affronter, unis, le monde entier.

A suivre dans l'épilogue

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